Toute la République !
La symbolique a ses droits. Par ses premiers effets d’annonce, le nouveau gouvernement donne un cap et colore ses ambitions.
En choisissant d’évoquer, dès la première semaine, la régularisation des sans-papiers, Lionel Jospin inflige un cinglant démenti à ceux qui pensent que la République trouve à droite des partisans aussi résolus et scrupuleux qu’à gauche.
Était-il républicain de maintenir sans possibilité d’acquérir des documents d’identité, des personnes que l’on ne peut par ailleurs expulser du territoire national ? Était-il raisonnable de fabriquer sciemment sur notre sol des quasi-clandestins parmi des communautés déjà intégrées ou en cours d’intégration ? Était-il intelligent de refuser des cartes de séjour à certains membres d’une famille et pas à d’autres ?
Que de temps perdu, que de gâchis humain !
La situation, même si elle ne touche qu’un faible nombre d’étrangers, était aussi scandaleuse que dangereuse. Beaucoup avaient perdu le sens commun. Il fallait rétablir la raison, calmer les esprits, et donc retrouver le chemin des principes républicains.
D’abord, l’on s’engage devant les électeurs sur ce que l’on va faire. Ensuite, on crée du droit : en l’occurrence, on fixe les critères – inspirés du collège des médiateurs – selon lesquels l’essentiel des « sans-papiers » trouve les moyens de régularisation. Enfin, l’on applique ces critères au cas par cas.
La démarche a son terme et les étrangers qui ne répondent pas aux critères, une infime minorité, seront reconduits. L’intégration ensuite reprendra son œuvre.
Jean-Pierre Pillon